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L
oin des tumultes de la ville, des paysages
encombrés d’habitations, Sidi Fredj se cramponne au rivage comme un
bébé au sein de sa mère. L’endroit est aéré, les arbres y poussent avec
aisance.
Les oiseaux
ont élu domicile à Sidi Fredj. Le ciel est dégagé des ombrages de la
ville et les pins se concurrencent pour atteindre le soleil. La nature
s’est donné rendez-vous à Sidi Fredj. Les éléments sont en accord avec
eux-mêmes, l’homme ne peut être que de passage. Sidi Fredj s’offre pour
un jour au visiteur, peut-être pour un mois, mais elle n’autorise pas
l’homme à s’y installer. S’il y a tentative de possession sur le site,
Sidi Fredj se rebelle. Si la tentative réussie, Sidi Fredj se venge.
Elle n’offre alors qu’un visage haineux, sali et moribond. Elle se
déleste parcimonieusement de son parfum délicat pour puanter
l’atmosphère.
- Symbiose entre l’homme et la nature
C’est avec générosité que Sidi Fredj a donné un peu d’elle-même pour
permettre à l’homme de s’y ressourcer. Mais c’est qu’elle choisit sur
le volet ceux qui seront suffisamment dignes d’elle. 100 euro
l’abonnement pour l’année pour avoir le droit de venir quatre fois le
mois. Le centre de thalassothérapie de Sidi Fredj est ouvert aux plus
aisés.
Pas question d’admettre n’importe qui dans cette partie du
territoire. Les plus chanceux y ont accès, pas les autres. Ce juste
compromis entre l’homme et la nature permet à chacun des signataires du
contrat d’y trouver son intérêt. L’homme peut jouir de la part belle de
la dame qui s’offre sans escompter. Les rochers sont cléments pour les
pieds des visiteurs. Les poissons dansent au coin d’une crevasse. La
pelouse verdoyante caresse les orteils. Altruiste, le centre de
thalassothérapie de Sidi Fredj donne même ses poissons aux pêcheurs
venus se languir. L’eau y est claire, la nature abondante et amicale.
Des piscines permettent à Sidi Fredj de se reposer, pour un temps, de
ses baigneurs gourmands. L’hôtel surplombe la mer, la face rivée sur la
Méditerranée. Une petite crique naturelle invite au repos.
Des rochers
se dressent contre la Méditerranée, protégeant l’homme des vagues
houleuses de la mer. Agressives, elles se surélèvent, jetant un regard
sur l’homme comme un poisson sur un appât. Mais Sidi Fredj veille. Son
centre de thalassothérapie offre le meilleur sans rien enlever
d’essentiel. Dans cette partie de Sidi Fredj, les merveilles de la
nature ne font pas dans l’ostentatoire. Elle s’offre entière. Comme un
modèle sous le pinceau de l’artiste, Sidi Fredj se dénude, s’exhibe
sans tabous ni pudeur. Mettant en valeur les courbes de sa côte, elle
s’expose. Sans fard, son vert et son bleu s’enhardissent sous les
reflets lumineux du soleil. Sidi Fredj est belle. Et elle le sait. Non
loin du centre de thalassothérapie, la plage est offerte à un autre
type de visiteurs. Ceux-là mêmes que Sidi Fredj n’autorise à venir
qu’en guise de transit. On y vient le matin pour ne partir que le soir.
A 50 euro l’entrée, la plupart des estivants y restent pour toute la
journée. La plage est reculée en demi-cercle comme poussée dans ses
derniers retranchements par une mer dédaigneuse. Une famille par
parasol. La plage semble infestée de parasols bleus. Une vue aérienne
laisserait croire à une invasion de méduses sur le sable. Les baigneurs
s’enduisent de crème solaire, les doigts de pieds en éventail. Assis,
couché ou debout dans l’eau ou sur le sable, l’homme paraît en
perpétuel mouvement. Aucune position ne le satisfait. Il gesticule à
gauche, à droite, hésitant à s’offrir entièrement aux rayons du soleil.
Assis, le sable s’amoncelle derrière ses pieds créant une crevasse pour
son derrière. Sidi Fredj est ingrate ou prétentieuse. Ceux qui vont à
la plage n’ont pas les avantages du centre de thalassothérapie. La
plage se fait toute petite, plaçant les parasols entre eux à une
distance à peine respectable.
Rien ne sépare l’homme de la mer qui,
ici, est statique. Les vagues ont élu domicile ailleurs. Les poissons
sont allés au large. Cyniques, ils observent de loin les bipèdes se
prendre pour des cétacés. Quand le soleil se fait ravageur, Sidi Fredj
est cruelle. L’homme ne peut se baigner sans affronter un monticule
d’algues glissantes et sournoises. Obstruant toute la plage, elles
n’offrent aucun répit à l’homme qui veut faire trempette. Il doit
avancer à petits pas sur des herbes folles qui s’échinent,
inlassablement, à enlacer les chevilles. Les algues se lèchent les
papilles au contact du pied humain. Elles s’agitent sous l’effet des
remous et donnent une vision presque animale. Complices avec Sidi
Fredj, la mer, les algues et le sable dans un élan obséquieux s’amusent
à indisposer l’homme. Celui-là inconscient du manège tribal s’amenuise
aux loisirs adipeux de l’oisiveté. Aucun regard pour dame Nature qui
n’est là, au fond, que pour répondre à ses désirs. Du côté de l’hôtel
Riad, El Manar, Sidi Fredj multiplie les visages. Le port est livré aux
badauds, aux amoureux du bateau ou à ceux venus manger au restaurant.
Les bateaux de plaisance, amarrés au port, voguent au rythme de
clapotis ou offrent leur coquille au sol. Petit répit avant de
reprendre le large. Ventre à l’air, certains plaisanciers sont oubliés,
égratignés par un sol rugueux.
La plage, l’autre, celle de la côte est,
séparée du port par un grillage, est grande. Les parasols, de paille ou
de tissu, sont piqués dans le sol et n’autorisent à l’homme qu’une
seule position : couché. Les estivants sont nombreux et agglutinés à un
mètre les uns des autres. Les regards sont insistants et la moue
dédaigneuse. Pour avoir le droit de se baigner, il faut enjamber les
serviettes, contourner les glacières, chercher un endroit où poser son
pied. Seuls les enfants sont dans l’eau que le sable rend boueuse. Il
faut parcourir plusieurs mètres dans l’eau pour l’avoir sous le menton.
Sidi Fredj recule comme étouffée par autant de monde. Elle cherche à
respirer, mais tout l’arrête. Pas un grain de sable ne semble avoir été
foulé, pas un mètre d’eau ne semble avoir été remué. Des détritus
jonchent la plage. La concurrence est féroce entre la fourmi et la
bouteille en plastique. Des relents de nourriture se mêlent à l’air
marin. Du jaune, du rose, du bleu... La mode est aux maillots
multicolores. Sidi Fredj, soumise mais vengeresse, se veut à l’image de
son invité. Grossière, insipide et froide. Des tentes en toile,
installées à quelques mètres des parasols, sont louées pour permettre à
l’homme et à la femme de satisfaire aux « appels de la nature ».
Source : elwatan.com
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