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La révolution de l'automobile, promise il
y a quatre ans par le groupe Tata, aura bien lieu. La voiture la moins
chère du monde a été présentée hier devant plus de 1 200 journalistes du monde entier. La version de base de la Tata Nano sera vendue en Inde
aux alentours de 1 700 euros, à partir de septembre 2008.
" J'ai vu des familles rouler en moto, le père conduisant avec,
assis devant lui, son enfant, et derrière lui, sa femme portant un bébé
dans ses bras. Je me suis alors demandé s'il n'était pas possible de
concevoir un moyen de transport sûr et bon marché", a expliqué
Ratan Tata, peu avant que le rideau soit levé sur la Nano.
La voiture
ne mesure que 3 mètres de long et possède un moteur de 624 centimètres
cubes, l'équivalent, en puissance, de celui d'une moto. Son design
arrondi et minimaliste ne laisse la place qu'à un petit tableau de bord
central et à un coffre à l'avant qui ne peut contenir guère plus qu'une
petite valise. "Mais qu'importe, puisqu'une voiture sert d'abord à
rouler. Ce principe, tellement évident, avait été oublié des
constructeurs automobiles", remarque un analyste du secteur.
La conception de la Tata Nano est fidèle aux principes du Mahatma
Gandhi : de l'obstination, et une certaine irrévérence vis-à-vis des
standards qui dominent l'industrie. Plus de 500 ingénieurs ont été
invités à repenser chaque pièce d'un véhicule, en fonction de son coût
et de son utilité.
Le compteur kilométrique analogique a été
préféré au numérique, plus précis, mais jugé superflu. Et la boîte de
vitesses a été imaginée à partir d'un système inventé par Léonard de
Vinci à la fin du XVe siècle. Le modèle d'approvisionnement
a lui aussi été repensé. Tata achète entre 40 % et 50 % de ses
composants, par appel d'offres sur Internet, tandis que les autres
constructeurs ne mettent en concurrence leurs équipementiers sur le
réseau qu'à hauteur de 10 % à 15 % de leur approvisionnement. Trois à
quatre usines devraient fabriquer en Inde la Nano. Enfin Ratan Tata, le
président du groupe Tata, a déclaré au cours d'une conférence de
presse, organisée hier au Salon de l'automobile de New Delhi, que "la stratégie de distribution, en voie d'être finalisée, ne serait pas conventionnelle".
Tata
a réussi un premier pari, celui de devenir le pionnier des voitures à
bas coût. Les constructeurs du monde entier n'ont guère d'autre choix
que de suivre le chemin tracé par lui. Le constructeur français Renault
et l'indien Bajaj, spécialiste des deux-roues et trois-roues en Inde,
envisagent de construire ensemble un véhicule à 3 000 dollars.
"Il est plus facile de passer du trois-roues à la voiture à bas coût, que de la voiture classique à la voiture à bas coût", avait
déclaré Carlos Ghosn, le président du groupe Renault-Nissan, au début
de l'année 2007, pour justifier une alliance éventuelle avec le groupe
indien. "Un partenariat avec Bajaj nous permettrait de riposter en
Inde et dans les autres pays émergents comme le Brésil ou la Russie,
qui risquent de voir arriver bientôt la Tata Nano", ajoute Sylvain
Bilaine, directeur général de Renault. Le groupe français et Bajaj
doivent décider à la mi-janvier de former, ou non, une coentreprise.
Le
pari commercial de la Tata Nano reste incertain. Le constructeur indien
table sur 250 000 ventes les premières années pour atteindre ensuite
l'objectif d'un million de véhicules vendus par an. Cet objectif
audacieux comporte des risques pour l'environnement. Rajendra Pachauri,
président du Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat, a
déclaré que la Tata Nano allait devenir un cauchemar pour
l'environnement. D'après le Centre indien pour la science et
l'environnement, basé à New Delhi, la vitesse moyenne d'un véhicule
dans la capitale de l'Inde - où sont enregistrés environ 4 millions de
véhicules - est passée de 27 km/h en 1997 à 15 km/h en 2002, ce qui
accroît l'émission de CO2.
" La voiture, qui consomme cinq litres aux cent kilomètres, utilisera moins de carburant qu'une moto"
a rétorqué Ratan Tata. Le succès de la Tata Nano, dans des villes
indiennes déjà saturées par le trafic automobile, pourrait lui être
fatal. Comme le murmurait hier un visiteur perplexe devant la dernière
invention de Tata : "Si la voiture se vend bien, alors autant garder ma moto pour ne pas rester bloqué dans les embouteillages."
Source : lemonde.fr
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